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To Da Bone

 

Le jumpstyle, une image

particulière de la virilité ?

 

Le collectif (La) Horde met la boussole de la danse vers un Est européen en recherche d’expression ; non sans poser question

 

La lumière tombe sur des épaules élargies, fières, à touche-touche.

Nous sommes face à un rempart humain, frontalement confrontés à un mur viril infranchissable.

Il s’anime, créant une horde multicolore mais unie, pulsant au rythme des impacts de pieds sur le plateau, rythmant le silence de la salle. Torses vifs, semelles fluos.

 

Le groupe comme ensemble cohérent, dont se détachent par instant des solistes, vibre à ces frappes communes. Elles prennent aux tripes, résonnent dans les cages thoraciques ; s’éclairent sur scènes par les flashs des vestes des danseurs sous éclairage zénithal. Le jumpstyle est fait de sauts répétés et d’impulsions propulsant le corps en l’air, déverse son énergie dans la salle. La force affirmée est virulente, ordonnée, militaire. Pulsation organique incarnée dans un corps d’armée. Le spectacle nous confronte à une image de la virilité particulière, menaçante et vivante.

 

Les treize jumpeurs de la pièce To Da Bone, réunis par le collectif (La) Horde, sont reconnus parmi les meilleurs de la discipline, sélectionnés sur le net. Ce sont eux que la communauté plébiscite, qui ont de la visibilité sur le réseau : majoritairement des hommes blancs. Le miroir tendu est sévère : nous mettons en avant le stéréotype du soldat. Ce sont ceux que nous voyons, ceux qui gagnent l’espace médiatique.

 

Ils témoignent au milieux du spectacle, devant une caméra tenue par l’une des deux filles du groupe, ils viennent de milieux populaires et cherchaient leur place. Ils l’ont trouvée dans cette phalange constituée sur les réseaux sociaux et soudée par la danse, au-delà du langage le regard tourné vers l’Est. Leur image agrandie se projette sur un drap géant agité, ils nous fixent d’un regard franc et honnête, presqu’innocent. Droits ils avancent, se relaient, défilent : ils nous font face dans toute l’énergie de leur corps habité par une danse d’excellence technique et d’épuisement de soi en quelques secondes (juste 25 secondes, pour le format diffusé sur le web).

Bordeaux (pièce étudiante)

 

Seule ou en couple ?

 

Elle est seule. Elle en tremble, tout son corps crie sa différence, alors que le groupe est constitué d’une multitude de couples.

 

Dans la pièce proposée par les étudiants de Bordeaux Montaigne, la question de l’exclusion est posée. Pas de duo pour celle qui diffère, pas de double avec qui partager cette expression qui lui est propre. Non. Son corps s’incorpore un instant, l’espoir naît… mais elle est à nouveau renvoyée en marge. Est-elle l’objet du rejet ou bien s’éloigne-t-elle pour se protéger ?

 

Elle tournoie au bord de l’ensemble, soliste involontaire. Chaque danseur.se s’accorde au groupe, polit ses gestes pour y entrer, mais développe son propre langage corporel. Cette mutation se fait en deux temps : d’abord par la formation du couple se forment puis sont annexés à ce groupe. L’image de la société saute aux yeux : pour y trouver sa place et fonctionner avec elle il faut se plier aux lois tacites qui la dirigent. Certes la danseuse correspond au dress code, mais son mouvement syncopé la distingue.

 

L’unité tourbillonnante semble terrifiante, déclenche d’étranges crises de saccades. Cela forme un monstre tentaculaire et mouvant qui absorbe ses membres ; leurs particularités se diffusent à l’ensemble comme une mutation, déteignent à tous. Les échanges enrichissent l’écriture de chaque individu tout en l’hybridant. Il devient miroir des autres, reprend une part de leurs gestes, de ce qui les identifie.

 

Peut-être le plus simple serait de se laisser couler dans la norme, d’intégrer ses codes et de faire corps avec les autres. S’il semble tentant d’affirmer une individualité forte, l’isolement inquiète.