faire des trucs...

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fin-mai 18

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shhhh

les portes coulissent toujours dans le même bruit pneumatique.

Shhhh

les portes viennent de s’ouvrir et les passagers pressés descendent sur le quai dans le plus grand désordre. Je fais partie de la cohue, bien sur. Ces portes sont aussi la marche qui se cache juste derrière, l’espace entre le train et le quai.

un vide à enjamber derrière la porte.

on prend pied sur le quai, on est passé. J’ai toujours eu peur de tomber dans ce gouffre, je me demande ce que deviennent ceux qui trébuchent.

c’est toujours le même rituel.

portes du train,

quai,

gare,

métro,

couloir,

escalator,

rue.

Il faut passer de portique en tourniquets pour être accepté dans la ville.

 

 

 

 

Une fois dehors il faut passer devant les grandes portes rouges de l’internat.

avant mon parcours s’arrêtait la, de bonne ou de mauvaise grâce il fallait entrer avec ma petite valise, direction la Chambre B15.

Elles m’ont toujours semblé trop hautes, la plupart du temps on sortait par une porte dérobée sur le coté du bâtiment… surtout quand on n’avait pas d’autorisation !

mais au début de chaque trimestre elles s’ouvraient en grand pour engloutir écoliers, collégiens et lycéens. Elles me faisaient un peu peur quand j’étais petite : j’avais toujours la crainte qu’elles m’avalent et me digèrent avec leurs ferrures menaçantes, peintes en rouge bordeaux brillant.

aucune porte ne devrait ressembler autant à une glotte !

Je les passais avec une amie ou un grand frère, et puis c’était fini, j’appartenais de nouveau au bâtiment.

Mais maintenant elles sont closes,

Maintenant, je passe mon chemin.

Je me demande toujours pourquoi je ne prends pas un autre itinéraire, pourquoi je marque un arrêt pour saluer des portes qui ne s’ouvrent plus pour moi.

Je remonte la rue puis je prends à droite, traverse une place carrée, et encore à droite.

 

 

 

Enfin il y a La Grosse Porte Verte.

Elle se tapie en haut d’un escalier inconnu du soleil.

un grand escalier de bois qui monte en s’entortillant sur lui-même.

 

Cela fait des années que la clé n’a pas changé. blottie au fond de ma poche « au cas ou » je reviendrai, et je reviens toujours. Derrière il y a une chambre mansardée qui n’est plus la mienne et une cuisine qui ne mérite pas ce nom.

Mais devant il y a le même paillasson usé celui que l’on devait changer quand on s’est installées.

L’aboiement du chien que j’ai laissé à l’habitante des lieux.

 

 

 

TOC

le bruit mat de mes phalanges sur le bois.

la peur qu’elle ne s’ouvre pas, pas cette fois,

 

TOC

j’aime ce bruit.

 

TOC

Un léger bruit de pas, aussi.

le bruit de l’arrivée.

 

 

 

 

Cette porte ne grince pas, elle dit « tu en as mis du temps ! le café va être froid »

 

 

Le café n’est jamais froid.